L’idée anabaptiste sur adoration et obéissance

L’Église du Seigneur est bâtie par la vie du disciple. Votre vie manifeste-t-elle la vision biblique d’adoration et d’obéissance ?

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Historiquement, les principales Églises de la Réforme et les catholiques se sont fiées sur des cérémonies religieuses pour la justification. Ils appellent l’observation de ces rites, l’adoration.

Cependant, les anabaptistes ont considéré l’adoration comme étant une bonne relation avec Dieu et avec l’Église chrétienne.

Plusieurs des protestations des anabaptistes contre les Églises d’État étaient dirigées contre leurs mouvements formels d’adoration que tous pouvaient pratiquer, peu importe la condition de leur cœur.

Des chants monotones, des cérémonies et des prières liturgiques pouvaient continuer même s’il n’y avait pas de vrais croyants dans l’église. Ils pouvaient décorer les murs et le plafond avec des images et des tableaux, mais cela ne changeait pas nécessairement le cœur des « adorateurs ». Aux anabaptistes, ces rites et ces décorations étaient signe d’apostasie, car ils contribuaient peu à l’objectif central du christianisme : obéir et communier avec le Christ dans la vie de chaque jour — et non pas le chant monotone au Christ, ou accomplir des cérémonies en Son Nom, ou réciter le chapelet en glorifiant Sa mère, mais plutôt en faisant ce que le Christ et Ses disciples doivent faire. Menno Simons nous rappelle souvent cela dans ses écrits. Voici un exemple :

Mes chers enfants en Jésus-Christ, vous savez que tout le monde par sa non-croyance aveugle et insensée jusqu’à présent a poursuivi les œuvres et cérémonies externes d’une manière adultère. Mais vous ne devez pas faire de même. Vous devez savoir que la justice qui plait à Dieu ne consiste pas en une cérémonie ou œuvre externe, mais exclusivement en une foi vraie, pieuse et fructueuse... Cela mène à toute forme de justice, incitant les hommes à se soumettre volontairement dans l’entière obéissance et aide la bonne volonté à accepter joyeusement, non seulement le baptême, mais toutes les paroles et les cérémonies que Dieu, le Père plein de grâce, par Son Fils béni, nous a enseignées et commandées si nettement dans Son Saint Évangile.1

Pilgram Marpek nous exprime un mélange de condamnation pour les apostats et les bénédictions pour les disciples de Dieu.

Toute personne qui retient, pratique ou accepte le baptême, la Cène, ou n’importe quoi d’autre, même les Écritures, parole ou acte, selon le commandement, l’attitude, la forme, l’essence, ou l’exemple de l’antéchrist est un enfant, membre et frère de l’antéchrist, il adore son image et il héritera de la destruction avec lui.

Mais toute personne qui retient, pratique ou accepte de telles cérémonies selon le commandement, l’attitude, la forme, l’essence, ou l’exemple du Christ et des apôtres, vraiment selon les instructions et l’impulsion de l’Esprit libre, participe sans faute, par incompréhension ou abomination dans l’ordre spirituel et apostolique véritablement renouvelé.

Toute personne qui pratique ou accepte de telles cérémonies et de telles choses sans véritable foi à cause d’une impulsion externe ou d’autres raisons, fait erreur, même s’il y a extérieurement une valeur de paroles ou de procédure.2

Ces écrits montrent que les anabaptistes croyaient dans la bonne pratique des ordonnances. Cependant, ils voyaient toutes les cérémonies bibliques comme faisant partie de la vie du disciple, plutôt que d’être des chemins par lesquels les hommes passifs reçoivent l’approbation de Dieu.

C’est à cause de cet accent que les anabaptistes sont souvent accusés de croire dans la justification par les œuvres. Il n’est pas surprenant que des catholiques et des réformateurs aient fait cette accusation. Quand nous comparons la vie active du disciple chez les anabaptistes avec la réception passive de la grâce de Dieu chez les réformateurs ou avec la réception passive des sacrements chez les catholiques, il semble que les anabaptistes sont orientés vers les œuvres.

En juillet 1527, quand Zwingli a écrit sa dernière brochure contre les anabaptistes, il les a accusés ainsi :

L’heure est venue d’éprouver votre esprit. Vous enseignez ouvertement que la béatitude ne peut venir que par les œuvres de justice. Alors, le Christ, que le Père a envoyé dans le monde afin de devenir un sacrifice pour les désespérés est rendu nul.3

Johann Kessler, un chroniqueur suisse et un contemporain de Zwingli a écrit :

Ils ont insisté plus fortement sur la justification par les œuvres que les papistes [catholiques]. Ainsi ces nouveaux nés par l’Évangile sont devenus très confus dans leur conscience et aussi déprimés, car ils viennent d’apprendre que c’est la grâce de Jésus-Christ, reçue par la foi, qui sauve.4

Dans la Réforme, il y avait seulement les anabaptistes qui ont mis en pratique la croyance que la justification produit une vie juste. Pendant que Luther et Zwingli ont vu la justification comme quelque chose fait à l’homme, les anabaptistes l’ont vue comme quelque chose fait dans l’homme. Les réformateurs ne demandaient rien de la part du receveur ; les anabaptistes exigeaient un changement dans la nature fondamentale du receveur. Voici une citation de Luther qui souligne son erreur : « Pécher audacieusement... mais croire et réjouir en Christ encore plus audacieusement. »5

Sans doute, pendant les débats doctrinaux dans les églises d’État et les salles civiques entre les anabaptistes et les réformateurs, les anabaptistes ont mis l’accent fortement sur l’importance des œuvres de justice. Dans ce domaine, plus que dans tout autre, la preuve était si accablante que personne ne peut dire que les anabaptistes ne menaient pas une vie juste. À cause de cela, il est possible qu’ils aient fait des déclarations vigoureuses qui pouvaient supporter une religion d’œuvres si on les prend hors contexte. Dans le débat, tout homme a tendance à trop accentuer leurs points indiscutables. Cependant, personne ne peut disputer la qualité biblique de leurs écrits toujours existants. Écoutez les anabaptistes qui répondent à ces accusations selon leurs propres mots.

C’est une grande œuvre de Dieu de créer l’homme de rien, mais c’est une œuvre aussi grande de justifier l’homme pécheur. Mais cela ne peut aucunement arriver hors de la conception, la naissance, la mort et la résurrection en nous du Christ qui est notre justice. Le Christ dit, celui qui veut être mon disciple doit me suivre. Et encore Il dit que sans Moi vous ne pouvez rien faire.

— D’une lettre en 1527 à une Église anabaptiste, par Leonhard Schiemer, un anabaptiste dans le Sud-Allemand.6

Encore, quand on parle des œuvres, il faut prêcher, non pas selon la manière des gens justifiés par les œuvres, les œuvres de la loi, mais les œuvres de la foi ; c’est l’abandon des œuvres, des créatures et de votre propre moi, par la foi en Christ crucifié, non pas comme ce que l’homme peu faire pour lui-même, mais ce qu’il peut vraiment faire dans la puissance de la foi ; qui ne sont pas, donc, les œuvres d’aucun homme, mais de Dieu.

En vérité, béni soit celui qui persévère sur le chemin du milieu, qui ne tourne pas ni vers les gens justifiés par les œuvres... ni vers les scribes,7 qui malgré leurs œuvres abandonnées, tournent « à droite » et enseignent une foi sans œuvres au nom de « l’évangile ».

Ils disent beaucoup sur la foi, mais ils ne connaissent pas ce qui n’est ni le Christ ni la foi. Ils rejettent les œuvres sans la foi afin d’élever la foi sans les œuvres. Ils désirent obéir à Dieu avec l’âme et non pas avec le corps pour ainsi échapper de la persécution. Ils croient que la foi est un paresseux mensonge vide par lequel ils sont aussi capables de dire que les enfants ont la foi, malgré qu’ils ne discernent en eux aucune œuvre de foi, même lorsqu’ils ont grandi.

Ils écrivent tout cela, non pas parce qu’ils ne savent pas mieux, mais afin de satisfaire leur ventre et maintenir leur honneur.

— Michael Sattler, un anabaptiste suisse, de la brochure Sur la satisfaction du Christ.8

Ces citations ne sont qu’une fraction des écrits disponibles sur ce sujet. Les anabaptistes ont passé un temps considérable à clarifier l’assomption des réformistes qu’ils n’étaient pas solides sur la grâce et la justification parce qu’ils enseignaient la vie du disciple.

Pourquoi les réformateurs ont-ils présumé que la vie du disciple et la religion par les œuvres étaient la même chose? Parce qu’ils croyaient l’idée d’Augustin que l’homme ne peut pas choisir de faire le bien. Si l’homme ne peut pas choisir de faire le bien, il ne peut rien faire pour affecter sa relation avec Dieu. À la lumière de cette théorie, les réformateurs s’occupaient à expliquer comment un homme sans aucune capacité d’engagement ou de choix à faire le bien peut être justifié malgré lui-même. À l’autre main, les anabaptistes croyaient le libre arbitre de l’homme — c’est-à-dire, que Dieu a donné à l’homme la capacité de choisir quel maître spirituel il doit servir. Alors, les anabaptistes n’étaient pas préoccupés de la justification — ils savaient que cela était une œuvre faite par Dieu quand l’homme, par grâce de Dieu, se tourne vers Son Créateur dans le repentir. Au contraire, ils s’occupaient de la vie du disciple — c’est-à-dire, ce que Dieu veut que l’homme fasse après que Dieu l’a justifié.

Dieu veut que Ses enfants agissent dans la justice et dans la sainteté dès maintenant. Les catholiques n’attendaient pas que le membre ordinaire soit saint. Au contraire, ils pensaient que les sacrements et les cérémonies couvrent le péché présent et ils voyaient la souffrance future du purgatoire, comme une étape majeure utilisée par Dieu pour préparer Ses disciples pour le ciel. Les réformateurs principaux ne réalisaient pas plus que les catholiques, que Dieu voulait donner au chrétien la victoire sur le péché dans sa vie terrestre.

On peut exprimer la différence entre les réformateurs principaux et les anabaptistes de plusieurs façons. Les réformateurs ont souligné l’état du pardonné que Dieu accorde à l’individu justifié, mais les anabaptistes ont souligné le changement radical qui suit la justification. Les anabaptistes croyaient, que le salut n’était pas tellement un état, mais plus une transformation. Les réformateurs voyaient le repentir comme un aveu de culpabilité, mais les anabaptistes le voyaient eux, comme une reconnaissance de culpabilité plus l’abandon de l’ancienne vie. Les réformateurs voyaient la foi principalement comme l’acceptation passive du salut offert par Dieu, mais les anabaptistes comprenaient la foi comme la réponse positive d’un cœur ouvert et d’une vie ouverte qui a invité l’œuvre transformatrice de Dieu. L’engagement à une vie de disciple fait partie de cette réponse. Les anabaptistes marchaient dans la résurrection, mais les réformateurs reposaient dans la « grâce ».

Aujourd’hui, les plus grands des regroupements mennonites vivent comme les Églises principales autour d’eux. Nous sentons la pression de se conformer à cette idéologie. Comme des individus, nous devons continuer à fléchir le genou humblement au pied de la croix et nous lever et porter notre croix. Notre adoration doit nous demander de bien parler et de bien marcher.

Comme Église, nous devons exiger que nos nouveaux membres fassent plus que passer par les sessions d’instructions et de répondre aux questions du baptême. L’intelligence seule peut répondre à des questions, mais seulement les cœurs vivants et radiants peuvent sincèrement dérouler la bannière de l’engagement. Nous n’excusons pas les méfaits persistants en blâmant l’immaturité, parce que l’engagement à la vie du disciple brille positivement, même dans un individu immature.

L’Église du Seigneur est bâtie par la vie du disciple. Votre vie manifeste-t-elle la vision biblique d’adoration et d’obéissance ?

 

  1. The Complete Writings of Menno Simons, (Scottdale, Pa.: Herald Press, 1956), p. 267. C’est notre propre traduction française dans toutes les instances.
  2. The Writings of Pilgram Marpeck, éd. William Klassen et Walter Klaassen, (Scottdale, Pa.: Herald Press, 1978), p. 64.
  3. Brochure de Zwingli, “Refutation of the Tricks of the Anabaptists,” July 31, 1527. Cité dans The Sources of Swiss Anabaptism, éd. Leland Harder (Scottdale, Pa.: Herald Press, 1985), p. 486.
  4. ”Sabbata,” Johann Kessler. Cité dans ibid., p. 382.
  5. “Martin Luther”, Briefwechsel, Weimar edition. Cité dans The Theology of Anabaptism, Robert Friedmann, (Scottdale, Pa.: Herald Press, 1973), p. 88.
  6. Anabaptism in Outline, éd. Walter Klaassen (Scottdale, Pa.: Herald Press, 1981), p. 54.
  7. Il semble que Sattler réfère aux chefs de la Réforme comme scribes.
  8. The Legacy of Michael Satter, éd. par John H. Yoder (Scottdale, Pa.: Herald Press, 1973), p. 115 117.

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